Episode 9

Après avoir décrit en détail l’architecture de la Giralda et son décor dans les semaines précédentes nous allons parler aujourd’hui de ses modèles et des œuvres contemporaines de sa construction

La Giralda n’est pas sortie ex nihilo de l’imagination inventive de Ben Baso. Elle a connu des exemples ou modèles antérieurs.

Dès l’époque omeyyade, le minaret de la grande mosquée de Cordoue présentait un caractère proche de celui utilisé pour la construction de la Giralda. De plan carré il se décomposait en deux niveaux extérieurs : un haut niveau percé de fenêtres simples ou doubles selon les différentes faces et un lanternon sommital pour le deuxième niveau, surmonté du jamour. Chacun des deux niveaux se terminait par un crénelage à redent.


On remarquera qu’en dehors de la frise d’arcades outrepassées au sommet il n’y avait aucun décor sur les façades du minaret et que la forme des arcs outrepassés était beaucoup plus simple. L’arc polylobé n’y figurait nulle part.

Ce minaret ayant été profondément modifié à l’époque chrétienne il est difficile d’en connaître les formes intérieures mais les textes anciens laissent supposer la présence d’une rampe intérieure tournant autour d’un noyau central, procédé que l’on retrouvera plus tard à la Giralda.

Cependant les almohades modifièrent ce modèle en allant d’abord dans le sens d’une austérité affirmée. En témoignent les restes du minaret de leur premier sanctuaire, celui de Tinmal au Maroc. Certes on ne peut se faire une idée exacte de celui-ci car il fut tronqué à un niveau assez bas. On n’y remarque cependant aucun décor et les formes des arcs demeurent sobres, sans polylobes.


Ce premier minaret était de plan rectangulaire ce qui est une exception dans les minarets almohades, tous les autres ayant été bâtis sur plan carré.

Peu à peu le goût pour une certaine forme de décor s’affirma chez les Almohades sans jamais atteindre l’exubérance de l’art des almoravides.

C’est ainsi que l’on peut considérer que le modèle direct de la Giralda est le minaret de la mosquée de la Koutoubia à Marrakech. Il fut érigé en pierre de taille de grès rosé entre 1184 et 1189, et terminé huit ans avant la Giralda. D’une hauteur de 77 m, il est constitué de deux tours emboitées. Autour du noyau central occupé par six salles superposées une rampe dessert le sommet, comme à la Giralda.

Il compte deux grands niveaux : la tour plus un lanternon au-dessus duquel est placé le jamour. Ses proportions correspondent à celles recommandées par les almohades de 1 à la base pour 5 de hauteur.

Bien que le décor évolue, on n’y trouve pas encore la profusion visible sur les façades de la Giralda. C’est encore une décoration sobre qui anime les surfaces où les deux niveaux supérieurs de fenêtres, en renfoncement dans le mur, sont cependant surmontées d’arcs polylobés. Au sommet de la tour, une frise d’arcs polylobés entrecroisés annonce celle qui figure au même endroit sur la Giralda. Quant aux sebka ils n’apparaissent que timidement au sommet du lanternon. Des carreaux de céramiques blancs et verts ponctuent les parties supérieures des façades de la tour et du lanternon sommital, particularité qu’on ne retrouve pas à la Giralda.


Le minaret de la Koutoubia (à g.), moins décoré, présente cependant une structure interne analogue à celle de la Giralda avec rampe d’accès autour d’un noyau central. Le décor de ses façades est beaucoup plus sobre que celui de la Giralda et la conception de ses fenêtres moins élaborée. Les arcs polylobés sont moins nombreux mais la frise supérieure d’arcs entrecroisés annonce la solution adoptée à la Giralda au même endroit.

A suivre

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