EPISODE 32

Les parties mudéjares de l’alcazar de Séville

Rappelons que le mot de mudéjar, employé seulement à partir du XIVe siècle a servi à désigner les musulmans soumis aux chrétiens à la suite des conquêtes progressives de ces derniers vers le sud de l’Espagne.

Ce nom a été ensuite donné à une forme d’art qui s’est développée du XIIIe au XVe siècle dans les royaumes chrétiens d’Espagne en utilisant des éléments décoratifs issus des arts califal, almoravide et almohade en y ajoutant une préciosité qui lui est propre.

Au cours de ces deux siècles on a employé à la construction des différents monuments des artistes et artisans sans pour autant que l’on puisse savoir si certains étaient des musulmans soumis ou des musulmans convertis (appelés moriscos) ou des chrétiens ayant acquis les techniques propres à cet art qui se singularise, entre autre, par un recours aux décors de plâtre couvrant les surfaces murales, et, souvent, à l’utilisation de la brique pour le bâti.

C’est ce que l’on va constater dans la partie de l’alcazar élevée par Pierre Ier le Cruel et qui porte le nom de Palais mudéjar.

Le palais mudéjar offre la partie de l’alcazar de Séville à la fois la plus spectaculaire et la plus « exotique » en raison de son style.

La construction a été en grande partie réalisée entre 1356 et 1366 par Pierre Ier le Cruel sur des bâtiments antérieurs, probablement almohades. Elle jouxte le palais gothique, dont on a parlé précédemment, œuvre de son aïeul Alphonse X.

Le palais se divise en deux parties organisées chacune autour d’un patio. Entourant le Patio de las Doncellas (cour des Demoiselles) se trouve la partie officielle du palais tandis que c’est autour du Patio de las Muñecas (cour des Poupées) que s’ordonnent les appartements privés du roi.


Plan de l’alcazar de Séville. Le Patio de la Montería correspond au n° 3 en rose, le palais mudéjar de Pierre Ier est au n° 5, de couleur marron. On y distingue très nettement les deux patios, celui des doncellas (le plus grand) et celui des Muñecas, plus petit. En 6 (couleur bleue) le palais gothique d’Alphonse X dont on a parlé précédemment

La façade donnant sur le Patio de la Montería (cour de la Vénerie) donne d’emblée une idée de ce que sera l’intérieur du palais. Elle s’élève sur deux étages. Au rez-de-chaussée, encadrant la porte située dans l’axe, s’élèvent huit arcades aveugles en plein cintre construites en brique, d’un aspect très sobre. Elles sont surmontées au premier étage d’une galerie ouvrant sur la cour par une fenêtre en plein cintre et des fenêtres triples dont les parties supérieures sont ornées du motif des sebka introduit à Séville dès le XIIIe siècle par les almoravides et les almohades (voir épisodes sur la Giralda).


La porte, rompant avec ce double étagement, présente quatre niveaux de hauteurs différentes. C’est une œuvre somptueuse, pleine de raffinement.

Au rez-de-chaussée une ouverture rectangulaire, bâtie en pierre, est surmontée de longs claveaux sculptés disposés en oblique. Elle est cantonnée par deux arcades aveugles au profil polylobé surmontées de sebka finement travaillées.

Au-dessus, court une large frise décorée de colonnettes supportant des sebkas et d’un panneau central d’arcs entrecroisés décorés de motifs géométriques à volutes. Il s’agit d’une véritable ciselure due à la science décorative des stucateurs mudéjares.

Plus haut s’ouvrent trois fenêtres dont de graciles colonnettes divisent en trois paries celle du centre et en deux celles des côtés du centre triple les deux autres géminées.

Dans leur élévation ces trois premiers niveaux de la porte sont en cohérence les uns par rapport aux autres selon un rythme ternaire accordant un plus large espace à la travée centrale.


Et puis, au-dessus, et jusqu’au sommet de la porte on ne trouve plus que des horizontales qui viennent en quelque sorte arrêter l’élan vertical des niveaux inférieurs.


D’abord s’étale une frise d’azulejos bleu sur fond blanc formant un décor suggérant un labyrinthe. Sur cette frise on lit l’inscription qui servait de devise aux souverains nasrides de Grenade : « Allah seul est vainqueur ».

Encadrant cette frise court une inscription en caractères gothiques qui dit ceci : « Le très grand et très noble et très puissant et très conquérant don Pedro par la grâce de Dieu roi de Castille et Léon, ordonna de faire ces alcazars et ces palais et ces portes, ce qui fut fait l’an mille quatre cent deux ». Ainsi la date de construction de la porte est-elle donnée par cette très précieuse inscription.


Tout en haut, sous un auvent de bois sommant la porte d’un large débordement, court une frise de mocárabes dorés, qui, par leur structure en encorbellement, participent au soutien de l’auvent qui repose à ses extrémités sur deux consoles fortement projetées vers l’avant.



Pour l’instant nous ne sommes pas encore entrés dans le palais mudéjar. Les splendeurs intérieures sont à venir. Nous commencerons à les apprécier dans l’épisode suivant.


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