EPISODE 3

Nous avons vu dans l’épisode précédent comment les Almohades, arrivés en Espagne au milieu du XII e siècle, délaissant Cordoue, firent de Séville leur capitale. Il était indispensable aux yeux des Almohades de donner à Séville le statut d’une vraie capitale. Cela incluait la construction de monuments capables de rivaliser avec les constructions cordouanes. Et, pour ces musulmans rigoristes, il importait d’abord de construire une mosquée avec son minaret. C’est ainsi que fut entreprise la construction d’une vaste mosquée dont il ne subsiste aujourd’hui que deux vestiges : la cour de la mosquée et son minaret. La cour de la mosquée, c’est le fameux Patio de los Naranjos qui se trouve sur le flanc de l’actuelle cathédrale, quant au minaret c’est le monument-symbole de Séville : la Giralda.



Plan de la grande mosquée de Séville. Elle comptait 17 nefs perpendiculaires au mur de la qibla (mur orienté vers La Mecque dans lequel est placée la niche du mirhab, en haut sur le plan). La mosquée fut partiellement détruite au xive siècle par un tremblement de terre ce qui facilita son remplacement par la cathédrale actuelle qui occupe la même largeur.

Ne subsistent aujourd’hui de la mosquée d’origine que les parties en noir et en vert du plan c’est-à-dire la primitive cour des ablutions (aujourd’hui appelée Patio de los Naranjos) et trois des galeries qui la bordaient ainsi que, sur la gauche du plan, l’ancien minaret, la fameuse Giralda.




La porte du Pardon. Elle a été très modifiée au cours des siècles mais il en reste les deux arcs inférieurs donnant l’un sur le Patio de los Naranjos, l’autre sur la rue. Sa profondeur donne une idée de la largeur des galeries qui entouraient le patio à l’origine.

Le Patio de los Naranjos correspond à la cour des ablutions précédant dans toutes les mosquées la salle de prière. A Séville, cette cour a subi de lourdes modifications mais il y reste quelques éléments datant des Almohades. Il s’agit des arcs qui la longent sur deux de ses côtés et de la porte percée dans cette même muraille, la Puerta del Perdón.

Les arcs ouvraient sur des galeries qui ont disparu depuis. Réalisés en brique, ils sont outrepassés (plus fermés que le demi-cercle) et brisés au sommet. Ils retombent sur des piliers et sont séparés par des contreforts. L’absence totale de décor illustre bien le souci d’austérité prônée par les Almohades. On remarquera que cet art épuré est strictement contemporain de celui, non moins épuré, des Cisterciens dans le monde chrétien.

Le Patio de los Naranjos a conservé en son centre une fontaine dont la vasque supérieure remonte soit à l’époque romaine soit à l’époque visigothique



Fontaine des ablutions placée au centre du Patio de los Naranjos dont la vasque supérieure remontant à l’époque romaine ou visigothique aurait été récupérée par les Almohades. Elle aurait été selon les chercheurs soit une baignoire issue de thermes romains soit une vasque de fonts baptismaux visigotiques. Ces attributions proposent pour sa datation une large fourchette chronologique allant du ier siècle de notre ère jusqu’au début du viiie

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