EPISODE 27

La manufacture de tabacs à Séville



Le tabac a tenu un Séville un rôle essentiel jusqu’au milieu du XXe siècle. Séville est en effet la première ville espagnole où est attesté l'usage du tabac et c’est donc tout naturellement que s’implanta dans la ville la toute première fabrique de tabacs d’Espagne.

Devant le développement de l’activité, les différents ateliers de confection du tabac disséminés à travers la ville furent concentrés en 1620 dans une bâtisse connue sous le nom de Fábrica de San Pedro. Ce fut la première fabrique de tabacs.

En 1684 le monopole légal de la fabrication du tabac fut accordé à cette fabrique de la ville qui géra désormais la régie des tabacs. Dès 1725 on songea à construire une nouvelle manufacture. Après un projet élaboré en 1728 les travaux trainèrent en longueur pour recevoir une impulsion définitive en 1750 lorsque Ferdinand VI nomma un ingénieur militaire, Van der Bocht, comme directeur des travaux. Il les suivit jusqu’en 1766. Quoiqu’inachevée, la fabrique commença à fonctionner en 1758.



Manufacture des tabacs. Façade principale précédée du fossé

Celle-ci occupe un vaste espace à proximité du parc de María Luisa. Elle se présente sous la forme d'un gigantesque volume rectangulaire à deux niveaux, de 185 mètres sur 147. Il s'agit du plus grand monument espagnol, après le monastère de l’Escorial.



Vue aérienne de la manufacture des tabacs

Précédée de fossés et d’un pont levis, elle a été conçue dès le départ en fonction des activités propres au traitement du tabac. Pour cela d’imposantes cours et de grandes galeries étaient nécessaires afin d’abriter un personnel très nombreux ainsi que les moulins actionnés par des bêtes de somme. De même, des escaliers pris dans l’épaisseur des murs, permettaient d’accéder au toit où l’on faisait sécher les feuilles de tabac pendant la saison chaude.

L'ensemble de l'édifice s'articule autour de trois vastes patios installés au centre du rectangle, de patios secondaires en périphérie et de vastes galeries qui relient les patios entre eux et donnent accès aux différentes salles. L’impressionnant volume de la construction surprend par sa monumentalité.

Cependant d’autres espaces n’étaient pas expressément consacrés à la fabrication du tabac. Ainsi en est-il du corps de garde, de la prison et de la chapelle. Fossés, pont-levis, prison, corps de garde : autant d’éléments qui rappellent que le constructeur était un ingénieur militaire.




Manufacture de tabacs. Patio entouré de grandes arcades en plein cintre donnant sur les galeries. A l’étage les fenêtres sont surmontées de lunettes en plein cintre. L’ensemble, de style néo-classique, conserve un aspect sévère

Les quatre façades sont bâties selon le même schéma. Conçues dans un style néoclassique strict elles sont scandées par une série de pilastres qui délimitent des travées, occupées par une fenêtres à chaque étage. Celles du second niveau sont surmontées de frontons triangulaires. Les façades sont couronnées sur toute leur longueur d'une élégante balustrade et de vases placés dans le prolongement des pilastres.

Au nord s’ouvre le portail principal, dessiné par Van der Borcht et sculpté par Cayetano da Costa entre 1751 et 1754. Placé en forte saillie par rapport à la façade, il se compose de deux niveaux. Le premier niveau est percé d’une haute et large porte en plein-cintre encadrée de quatre colonnes sommées de chapiteaux corinthiens. Sur cet ensemble repose le deuxième niveau orné d'une belle balustrade, clôturant un large balcon sur lequel ouvre une porte. Elle est flanquée de quatre colonnes à chapiteaux ioniques. Le tout est surmonté d'un fronton, au centre duquel figurent les armes de la Couronne d’Espagne.





Les portails qui ornent les autres façades sont de style néoclassique épuré bien que conçus selon le même principe que le portail central.

La fabrique comporte une chapelle qui comptait à l’origine un seule nef. Elle se distingue surtout par un retable en l’honneur de la Vierge de los Remedios accompagnée de saint Joseph, saint Charles Borromée et saint Ferdinand, retable exécuté en 1762 par Julián Ximenez. Elle abrite aussi aujourd’hui un crucifix de bois réalisé en 1620 par Juan de Mesa qui provient de l’ancienne chapelle de l’Université.




Des monuments aux dimensions démesurées comme l’est la fabrique des tabacs de Séville sont assez fréquents dans l’Europe du XVIIIe siècle. On en connaît d’autres exemples, mais ce sont des palais royaux ou princiers. Ainsi la Reggia à Caserta, le palais de Capodimonte, ceux de Schleissheim et Nymphenburg en Bavière. L’originalité du monument sévillan tient à sa destination : l’industrie et non la fonction princière.

La fabrique fut fermée en 1954 en raison des conditions économiques, de la mécanisation de la fabrication des cigarettes et de la régression sensible de la consommation du en tabac en poudre dont l’usage aux XVIIe et XVIIIe siècles avait été à l’origine de la création de la fabrique.

La fermeture de cette dernière fut suivie de son inscription comme monument national en 1959 et fit le bonheur de l’Université qui en occupa les locaux et les utilise encore aujourd’hui.



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