EPISODE 26

La Muerte del Maestro

Le Musée des Beaux-Arts de Séville compte parmi une foule de chefs d’œuvre un tableau très particulier à la fois par ses dimensions et par sa durée d’exécution. Il présente aussi l’avantage pour nous, amoureux de la corrida, de présenter une scène reliée à la tauromachie par son caractère dramatique,. Il s’agit d’un tableau de 5,05 m sur 3,30 m exécuté entre 1893 et 1910 par José Villegas Cordero qui retravailla son œuvre pendant 17 ans et qui s’intitule : La muerte del Maestro.

Si tout le monde est d’accord pour dire qu’il s’agit de la mort du torero Bocanegra, le lieu et le date de l’événement divergent selon les auteurs qui l’ont étudié. Pour certains, l’œuvre est censée représenter la mort de Bocanegra dans la chapelle de la Maestranza à Séville en 1880. Or, si Bocanegra a en effet été blessé à Séville en 1880, il a en réalité été tué à Baeza en 1889.

Il est vraisemblable que le tableau représente la mort de Bocanegra à Baeza car la chapelle peinte sur le tableau ne ressemble en rien à celle de la Maestranza.

L’œuvre est entrée au Musée des Beaux-Arts de Séville seulement en 1996 après avoir été à Buffalo aux États-Unis puis rachetée par la Junta de Andalucía à un antiquaire qui l’avait acquise lors d’une vente aux enchères chez Christie’s à Londres. D’un grand dramatisme, elle représente l’instant qui suit la mort du Maestro quand les cuadrillas et les aficionados viennent rendre un dernier hommage au défunt.

Usant des effets de lumière venue en diagonale de l’angle gauche du tableau, le peintre fait apparaître deux pôles opposés. A gauche, l’autel, avec le Crucifix qui le surmonte, une statue de la Vierge, des vases de fleurs et, à côté, un prêtre dans une soutane noire, qui lit des prières. Il est au chevet du matador dont le corps est allongé sur un lit aux draps blancs qui contraste avec le noir de la soutane et le gris sombre du mur de fond et du plafond plongés dans l’obscurité. Le buste et le visage blafard du torero sont également dans l’ombre. Seul élément « vivant » dans cette partie du tableau, le valet en habit rouge, au premier plan à gauche, qui ramasse les vêtements du Maestro et semble se désintéresser de l’événement.

A l’opposé, dans un demi-cercle, se pressent les membres de la cuadrilla : matadors, picadors et banderilleros dont les attitudes, les gestes et les vêtements aux teintes vives où dominent les nuances dorées des habits de lumière tranchent avec la sobriété hiératique du prêtre vêtu de noir, et la pénombre où sont plongés l’autel et le visage du mort. Les couleurs, où dominent les ors des habits de lumière, sont savamment dégradées. Ainsi en va-t-il des vêtements de la cuadrilla et des coups de lumière donnés sur un chapeau levé par un personnage à l’arrière-plan, sur la main et le mouchoir posés sur la tête d’un autre et sur la poitrine du matador le plus proche du lit. Ils montrent toute la science de coloriste de Villegas Cordero.

Entre ces deux groupes, s’allonge le lit, d’un blanc immaculé, installé sur un tapis rouge et sur lequel repose la cape de paseo d’un rose pale. Ce lit, dont la couleur devient de plus en plus lumineuse au fur et à mesure qu’on s’éloigne du visage du torero mort, fait la transition entre la froideur du monde de la mort et l’agitation plus colorée de celui des vivants.

Le lit du Maestro qui fait la transition de l’ombre à la lumière

Ce tableau propose, pour une scène de genre, d’utiliser la formule grandiose généralement réservée aux grands tableaux d’histoire ou religieux. En cela il est particulier et montre dans l’esprit de son auteur le caractère solennel et quasi religieux qu’il accorde au monde de la tauromachie.

Seul, un peintre sévillan pouvait donner à cette dernière son caractère mystique et dramatique.



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